Les pays amazoniens définissent un programme commun sur les systèmes alimentaires et l'action pour le climat

19/06/2026

Des décideurs politiques, des diplomates et des responsables publics des huit pays amazoniens se sont réunis à Brasília, au Brésil, du 25 au 28 mai 2026, pour quatre jours de formation et d'échanges sur la transformation des systèmes alimentaires et l'action pour le climat. Organisé par le Pôle de coordination des Nations Unies sur les systèmes alimentaires, en partenariat avec le ministère brésilien des Affaires étrangères, le Centre d’excellence du PAM contre la faim au Brésil et l’Organisation du traité de coopération amazonienne (ACTO), cet événement – intitulé « Partenariats entre les pays amazoniens : transformation des systèmes alimentaires et Action pour le climat » – a réuni des représentants travaillant à la croisée des systèmes alimentaires et de la politique climatique afin de renforcer les capacités régionales, de partager les expériences nationales et d’identifier des opportunités concrètes de coopération.

« Ce qui se passe en Amazonie ne reste pas en Amazonie et a des implications mondiales ; c’est pourquoi la convergence entre les systèmes alimentaires et l’action pour le climat n’est pas facultative, mais essentielle pour obtenir un impact à l’échelle dont le monde a besoin. » - Khaled Eltaweel, coordinateur principal de programme, Pôle de coordination des Nations Unies sur les systèmes alimentaires

Cette réunion s’inscrit dans le cadre de l’Initiative pour la convergence de la transformation des systèmes alimentaires et de l’action pour le climat, au titre de laquelle le Pôle de coordination des Nations Unies sur les systèmes alimentaires aide les pays à aligner la transformation des systèmes alimentaires sur l’action pour le climat. Elle s’appuie sur la dynamique politique régionale générée par la Déclaration de Belém (2023) et la Déclaration de Bogotá (2025), ainsi que sur les résultats de la COP30, qui s’est tenue à Belém, au Brésil, en novembre 2025 – la première Conférence des Parties organisée en Amazonie.

« Cet atelier intervient à un moment crucial. Au lendemain de la COP30, qui s’est tenue à Belém, le Brésil estime qu’il est essentiel de maintenir l’élan politique et technique autour de l’Amazonie – en tant que biome stratégique pour le climat et, surtout, en tant que territoire central pour réfléchir à la sécurité alimentaire, à la souveraineté alimentaire et au développement durable. » - Saulo A. Ceolin, coordinateur général chargé de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, ministère des Affaires étrangères du Brésil

Innovations pour les systèmes alimentaires et l’action pour le climat

Chaque pays amazonien dispose d’une législation, de plans nationaux et d’engagements en matière de climat qui établissent un lien entre la sécurité alimentaire et l’action pour le climat. Mais un fossé structurel persiste entre la conception des politiques et leur mise en œuvre sur le terrain : l’étape qui reste à franchir est celle de l’intégration opérationnelle – articuler des objectifs communs, élaborer des indicateurs partagés et mettre en place des mécanismes permettant aux ministères sectoriels de travailler de manière coordonnée.

« Dans ce contexte, l’ACTO s’efforce de renforcer la coopération régionale entre nos huit pays membres, en s’appuyant sur des engagements politiques clés tels que la Déclaration de Belém (2023) et la Déclaration de Bogotá (2025), qui placent la sécurité alimentaire au cœur du développement durable en Amazonie. » - Edith Paredes, directrice administrative de l’ACTO

Les discussions menées tout au long de ces quatre jours ont reflété une prise de conscience commune parmi les pays amazoniens : les systèmes alimentaires et l’Action pour le climat ne peuvent être abordés dans le cadre de portefeuilles diplomatiques distincts. Les participants ont examiné comment les engagements en matière de climat – notamment les contributions déterminées au niveau national (CDN) et les plans nationaux d’adaptation – peuvent intégrer plus explicitement la transformation des systèmes alimentaires, et comment les mécanismes de coopération régionale dans le cadre de l’ACTO peuvent être renforcés pour soutenir cette harmonisation. Dans le cadre de cet événement, les participants ont effectué une visite sur le terrain pour découvrir des initiatives d’agriculture familiale dans le District fédéral du Brésil, soulignant ainsi le lien entre la production agricole locale et le Programme national d’alimentation scolaire (PNAE) du Brésil. Le groupe a visité les exploitations d’Ivone Ribeiro Machado et d’Anaildo Porfírio, membres de l’Association des agriculteurs familiaux de Chapadinha (ASTRAF). Cette visite a fourni un exemple concret de la manière dont des politiques publiques telles que le PNAE peuvent renforcer l’agriculture familiale en établissant un lien entre une production agricole performante et la fourniture d’aliments sains et produits localement pour les repas scolaires. Les participants ont pu constater par eux-mêmes comment les agriculteurs familiaux s’intègrent aux marchés institutionnels et contribuent à des systèmes alimentaires durables.

Par ailleurs, des représentants de l’Agence d’assistance technique et de vulgarisation rurale du District fédéral (EMATER-DF) ont présenté les politiques publiques et les mécanismes de financement qui soutiennent les pratiques agroécologiques au Brésil, illustrant ainsi comment l’assistance technique et les investissements publics peuvent favoriser un développement agricole durable.

« Pour venir à bout de la faim en Amazonie, il faut rien de moins qu’une transformation de la manière dont nous produisons, distribuons et consommons les aliments, tout en protégeant les écosystèmes qui rendent tout cela possible. » - Daniel Balaban, directeur et représentant du Centre d’excellence du PAM contre la faim au Brésil

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Perspectives nationales : des voies diverses, des défis communs

L’une des caractéristiques les plus marquantes de cette réunion a été la profondeur des échanges spécifiques à chaque pays qu’elle a suscités. Chaque délégation a présenté son expérience nationale, ses défis et ses priorités, créant ainsi une vue d’ensemble comparative de la situation de la région et des voies de coopération les plus prometteuses.

Le Brésil a articulé sa contribution autour de trois axes : le droit humain à une alimentation adéquate, les politiques publiques et la participation sociale. Il a mis en avant les programmes de marchés publics PAA et PNAE, ainsi que le CONSEA, présenté comme un modèle de participation de la société civile et des Peuples autochtones aux politiques alimentaires et climatiques. L’Équateur s’est distingué comme le pays ayant intégré de la manière la plus formelle les systèmes alimentaires dans ses engagements en matière de climat, avec un volet spécifique consacré aux systèmes alimentaires dans sa CND et ses travaux sur la rémunération des agriculteurs qui adoptent des pratiques écologiques.

Le Pérou a fait des systèmes agroalimentaires une priorité nationale majeure, en soulignant le lien direct entre la résilience climatique et la sécurité alimentaire des familles : les inondations, l’érosion et d’autres impacts climatiques affectent directement la production alimentaire des familles rurales. La Bolivie a décrit comment elle redéfinit son modèle agroalimentaire en accord avec les plans nationaux et les engagements internationaux, en combinant bioéconomie, inclusion sociale et systèmes sylvopastoraux pour la restauration des zones dégradées. La Colombie a mis en avant la valeur culturelle des langues et des savoirs autochtones amazoniens, et a présenté sa politique d’agroécologie comme un cadre permettant à la fois l’atténuation et l’adaptation. Le Guyana a établi un lien entre sa stratégie de développement à faible émission de carbone (LCDS 2030) et des opportunités concrètes de collaboration avec l’ACTO, ainsi qu’avec le Pôle régional d’innovation doté d’indicateurs communs pour le système d’alerte précoce.

Le Suriname a souligné son important potentiel en matière de mécanismes de paiement basés sur les résultats et a identifié le renforcement des capacités institutionnelles pour accéder au financement international de la lutte contre le changement climatique comme sa priorité la plus immédiate. Le Venezuela a présenté Nutrimañoco – un produit alimentaire développé en collaboration directe avec les Peuples autochtones – comme un modèle d’innovation amazonienne ancré dans l’identité territoriale, et comme un exemple de ce que les échanges Sud-Sud dans le cadre de l’ACTO pourraient contribuer à développer à plus grande échelle.

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Une vision commune pour les systèmes alimentaires amazoniens et l’Action pour le climat

La « Vision de convergence pour les systèmes alimentaires amazoniens et l’Action pour le climat » s’appuie sur un ensemble de principes interdépendants qui placent l’inclusion sociale et économique au cœur de l’action régionale. Cette vision promeut la participation significative et la reconnaissance des Peuples autochtones et des communautés locales, en garantissant leur engagement effectif dans les systèmes alimentaires et la gouvernance climatique aux niveaux local, national et régional. Grâce à des approches ascendantes et territoriales, cette vision soutient les plateformes de dialogue locales, les droits territoriaux, la gestion responsable des écosystèmes et les solutions portées par les acteurs locaux.

La vision de convergence est mise en œuvre à travers une approche fondée sur les écosystèmes qui reconnaît l’interdépendance entre les forêts, les cours d’eau, les territoires, les moyens de subsistance et les systèmes alimentaires, tout en favorisant la gestion durable des ressources naturelles, la sécurité alimentaire et hydrique, la conservation de la biodiversité, l’adaptation au changement climatique et la résilience socio-environnementale. Cette vision met en outre l’accent sur la coopération régionale, en reconnaissant que les systèmes alimentaires et les stratégies climatiques nationaux et régionaux peuvent être renforcés grâce à une action coordonnée entre les pays amazoniens, notamment par le biais de mécanismes de financement et de mobilisation des ressources tels que le Fonds MACA-ACTO, les marchés du carbone, le programme REDD+ et les paiements basés sur les résultats.

Afin de mettre en œuvre cette vision, les pays ont identifié un ensemble préliminaire d’interventions régionales axées sur le renforcement de la gouvernance, de la bioéconomie, de la recherche et de l’innovation, des systèmes agroforestiers, du renforcement des capacités et du financement durable. Les actions proposées comprennent la création d’une plateforme régionale amazonienne sur les systèmes alimentaires et l’Action pour le climat, la promotion d’initiatives régionales en matière de bioéconomie et de chaînes de valeur durables, le renforcement de la recherche et de la coopération technique, la promotion de l’agroforesterie et de la restauration des paysages, la création d’un réseau de coopération Sud-Sud et de renforcement des capacités, ainsi que la mobilisation de financements diversifiés par le biais de stratégies et de partenariats régionaux. Ensemble, ces interventions visent à accélérer la transformation des systèmes alimentaires, la résilience climatique, les moyens de subsistance durables et la coopération régionale dans l’ensemble du bassin amazonien.

Cet atelier marque une étape concrète dans un processus régional à plus long terme : une Amazonie résiliente, durable, inclusive et participative, coordonnée par des mécanismes régionaux solides qui intègrent la transformation des systèmes alimentaires et l’Action pour le climat comme des programmes complémentaires et indissociables.