De la politique à la pratique : le Cambodge cherche à mobiliser des financements climatiques pour des systèmes alimentaires résilients

Cinquante-cinq acteurs issus des pouvoirs publics, des Nations unies, du Secteur privé et de la société civile se réunissent pour valider le Plan d'action pour la convergence et débloquer des financements climatiques en faveur d'une alimentation saine et durable et de systèmes alimentaires résilients.

Cambodia

Des représentants des ministères concernés, des institutions financières internationales, du secteur privé et des partenaires au développement se sont réunis pendant une journée entière afin de mettre en œuvre les mesures relatives aux systèmes alimentaires prévues dans le cadre des CDN 3.0 et de discuter des mécanismes de financement mixte.

©Conseil pour l'agriculture et le développement rural (CARD)

21/04/2026

PHNOM PENH, le 9 avril 2026 – Le Conseil pour le développement agricole et rural (CARD), avec le soutien de l’Organisation alimentaire mondial (PAM) et du Pôle de coordination des Nations Unies sur les systèmes alimentaires, a récemment organisé la Réunion technique sur la mise en œuvre et le financement de la NDC 3.0 pour des régimes alimentaires sains et durables et des systèmes alimentaires résilients à l'hôtel Himawari, à Phnom Penh. Parmi les intervenants figuraient des représentants du CARD, du ministère de l'Environnement, du Secrétariat du Comité national pour le développement démocratique infranational, du PAM, de la Banque asiatique de développement, de l'Organisation mondiale de la santé, de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, de 17 Triggers et de la société Danish Care Foods. La réunion a rassemblé 55 parties prenantes issues des ministères concernés, des institutions financières internationales, des partenaires de développement, du Secteur privé et de la société civile afin de traduire les engagements en matière de climat historiques du Cambodge en actions concrètes.

Image : CARD. Des hauts responsables représentant le Réseau des Nations unies pour la nutrition, le Programme alimentaire mondial, le ministère de l'Environnement, le Comité national pour le développement démocratique infranational (ministère de l'Intérieur) et le Conseil pour l'agriculture et le développement rural se sont réunis pour ouvrir la réunion technique.

Les systèmes alimentaires du Cambodge : au carrefour du climat, de la nutrition et du développement

Le Cambodge s'est distingué comme un pionnier régional en intégrant officiellement les systèmes alimentaires dans ses engagements en matière de climat (Contribution déterminée au niveau national 3.0 - NDC 3.0) — l'un des premiers pays de la région Asie-Pacifique à le faire. L'urgence de cette approche intégrée est soulignée par l'analyse de 2025 sur l'alimentation saine et durable (Banque mondiale/PAM), qui révèle que les habitudes alimentaires actuelles du Cambodge constituent un obstacle majeur tant au développement économique qu'à la résilience climatique. Avec près de 80 % de l'apport énergétique quotidien provenant du riz et du sucre, le pays est confronté à un « triple fardeau » de malnutrition – sous-alimentation, carences en micronutriments et augmentation des maladies non transmissibles (MNT) – qui coûte environ 1,5 milliard de dollars par an (environ 6,6 % du PIB) en perte de productivité et en frais de santé. Parallèlement, l’irrégularité des précipitations et la fréquence croissante des inondations menacent les aliments mêmes – légumes, poissons et protéines diverses – qui sont essentiels à la résilience nutritionnelle.

En reliant les systèmes alimentaires à la NDC 3.0, le Cambodge vise un « triple bénéfice » : prévenir la malnutrition, réduire de 31 % à 55 % les émissions liées à l’alimentation et bâtir une économie résiliente face aux chocs climatiques. Deux mesures d’adaptation spécifiques (n° 71 et n° 72), élaborées sous la direction du CARD, fixent des objectifs ambitieux au niveau de la population : 

  • Évoluer vers des régimes alimentaires plus sains et plus durables – notamment en augmentant la consommation de fruits et légumes, en réduisant la consommation de snacks et de boissons sucrées, et en remplaçant les viandes rouges par des protéines plus durables.
  • Mettre en place un cadre de chaîne alimentaire circulaire pour réduire les pertes et le gaspillage alimentaires.

Ces objectifs traduisent les données factuelles en politiques. L’Initiative pour la convergence de la transformation des systèmes alimentaires et de l’action climatique transforme ensuite ces engagements politiques en actions concrètes en accélérant les efforts visant à remodeler l’environnement alimentaire – en veillant à ce que des pratiques plus saines et durables deviennent le choix le plus simple et par défaut pour chaque consommateur.

Objectifs de la réunion

Avec le soutien de l'Initiative pour la convergence de la transformation des systèmes alimentaires et de l’action pour le climat, la réunion vise à atteindre deux résultats concrets :

  • Validation du Plan d'action de convergence (CAB) : Un examen multipartite visant à finaliser la feuille de route pour atteindre les objectifs NDC 3.0 en matière de comportement des consommateurs, de pratiques du Secteur privé et de politiques gouvernementales.
  • Cartographie du financement climatique : Une évaluation visant à identifier les financements existants, à intégrer les actions dans les pipelines d'investissement actuels et à déterminer précisément où de nouveaux financements climatiques sont nécessaires pour déclencher la transformation.

Une approche systémique du comportement

La réunion adopte une perspective de changement de comportement social (SBC), reconnaissant que les changements alimentaires et la réduction des déchets ne sont pas des choix individuels mais sont déterminés structurellement par l'environnement socio-écologique – depuis les dynamiques intra-familiales et la publicité au niveau du marché jusqu'aux politiques nationales. Trois axes interdépendants ont structuré les discussions techniques de la journée :

  • Pratiques des consommateurs : déployer à grande échelle des programmes de SBC cohérents et fondés sur des données probantes afin de lever les obstacles et d'orienter l'alimentation des ménages vers des aliments riches en micronutriments ;
  • Pratiques du secteur privé : réduire les risques et développer les investissements dans les aliments enrichis, les modèles circulaires de gestion des déchets, la conformité en matière de sécurité alimentaire et l'alignement des achats des entreprises ;
  • Environnement favorable : actions menées par les pouvoirs publics, notamment l'approvisionnement durable en repas scolaires, la taxation du sucre, la réglementation de l'étiquetage alimentaire et le renforcement des capacités au niveau infranational.

Financement

Dans l'après-midi, les participants ont élaboré des argumentaires de financement pour des actions NDC 3.0 non financées ou partiellement financées et les ont présentés à un jury composé de représentants du CARD, de la BAD, du NCDDS, du ministère de l'Éducation, de l'OMS et de la FAO — traduisant ainsi la stratégie en propositions prêtes à être présentées aux investisseurs.

L'objectif est d'amener les participants à réfléchir à la meilleure façon de passer d'un ensemble de projets isolés à un programme d'investissement public à long terme, en tirant parti des prêts souverains, du financement climatique axé sur les résultats et des instruments mixtes pour concrétiser les engagements nationaux. En utilisant les marchés publics comme marché de référence et en donnant aux administrations infranationales les moyens d'agir en tant qu'acteurs de première ligne, le Cambodge peut combler le fossé entre l'ambition politique et l'échelle financière.

Image : CARD. Un panel d'experts décortique les mécanismes permettant de passer de la politique à l'action – comment influencer le comportement des consommateurs, les pratiques du Secteur privé et le soutien gouvernemental.

Témoignages issus de la réunion

"Le Gouvernement royal du Cambodge (GRC) a identifié la transformation des systèmes alimentaires comme un élément essentiel de sa stratégie climatique, en particulier à travers sa troisième contribution déterminée au niveau national (CDN 3.0). Les principales préoccupations du RGC portent sur le renforcement de la résilience face aux impacts climatiques sur l’agriculture, l’amélioration de la sécurité alimentaire des populations vulnérables et l’augmentation de la diversité des aliments nutritifs tout en réduisant l’empreinte environnementale de la production alimentaire." S.E. Ouk Makara, vice-président du Conseil pour le développement agricole et rural (CARD).

"Pour concrétiser nos objectifs en matière de climat et de nutrition, nous devons reconnaître que des choix sains ne sont possibles que lorsque l’environnement les favorise. Le Plan d’action Convergence rassemble les dirigeants du Secteur privé et du gouvernement afin de garantir qu’une alimentation saine et durable devienne le choix le plus simple et le plus accessible pour chaque consommateur." Fumitsugu Tosu, directeur adjoint de pays et chef de programme, PAM Cambodge.

"L’Initiative pour la convergence a précisément pour but de faire le lien entre les systèmes alimentaires, le climat et le financement. Le rôle de premier plan joué par le Cambodge dans l’intégration de mesures relatives aux systèmes alimentaires dans sa CND — et dans la mobilisation d’acteurs de ce calibre pour les mettre en œuvre — constitue un modèle pour la région Asie-Pacifique et au-delà." Rathana Peou Norbert-Munns, Point focal régional pour l’Asie-Pacifique, Pôle de coordination des Nations Unies sur les systèmes alimentaires.

"Le Cambodge a réalisé quelque chose d’unique : une forte cohérence entre les politiques, les engagements en matière de climat, les priorités des systèmes alimentaires et les réformes décentralisées… Un financement et une harmonisation à grande échelle contribueront à faire de cette ambition une réalité." Chanthou Hem, responsable de projet principal, BAD Cambodge.

À propos de l’Initiative pour la convergence de la transformation des systèmes alimentaires et de l’action climatique

Lancée lors de la COP28, l’Initiative pour la convergence aide les pays à élaborer des plans d’action pour la convergence (CAB) qui alignent systématiquement les priorités des systèmes alimentaires sur les contributions déterminées au niveau national (CDN), les Plans nationaux d’adaptation (PNA) et les cadres plus larges de développement durable. En Asie-Pacifique, l’Initiative est active au Laos, en Indonésie, en Thaïlande, au Samoa, au Cambodge et aux Fidji, le Cambodge représentant l’intégration la plus avancée des systèmes alimentaires dans les engagements en matière de climat.

À propos du Pôle de coordination des Nations Unies sur les systèmes alimentaires

Le Pôle de coordination des Nations Unies sur les systèmes alimentaires, créé en 2022 et hébergé par la FAO au nom du système des Nations Unies, bénéficie du soutien du FIDA, de l’OMS, du PAM, du PNUD et de l’UNDCO. Il aide les pays à faire progresser et à mettre en œuvre leurs feuilles de route nationales pour la transformation des systèmes alimentaires, tout en réunissant les agences des Nations Unies, les institutions financières internationales, le Secteur privé et d’autres partenaires afin d’aligner les connaissances, l’expertise et les ressources au service des actions menées par les pays.