Quand alimentation et climat se rencontrent : un dialogue de convergence à Bangui

Un dialogue en République centrafricaine a permis d'examiner comment les systèmes alimentaires et l'action pour le climat peuvent progresser ensemble, sur les mêmes terres, pour les mêmes populations.

CAR Convergence
09/02/2026

La plupart des gens associent rarement l'alimentation et le climat, même si les décisions relatives aux terres, à l'agriculture et aux forêts ont une incidence sur ces deux domaines. Lors d'un dialogue de convergence organisé en décembre 2025 à Bangui, des responsables et des partenaires ont entrepris d'examiner ce lien en réunissant les communautés chargées des systèmes alimentaires et de l'Action pour le climat dans le cadre d'une conversation commune, afin d'étudier comment les décisions relatives aux terres, à la production et aux moyens de subsistance peuvent faire progresser ces deux programmes. Pendant deux jours, les participants ont examiné les priorités nationales, les données disponibles et les expériences sectorielles afin d'identifier les points de convergence naturels entre les systèmes alimentaires et l'Action pour le climat, et les domaines dans lesquels un alignement plus étroit pourrait générer des avantages communs pour les populations, les écosystèmes et la résilience en République centrafricaine.

La réunion a rassemblé des responsables gouvernementaux, des spécialistes des Nations unies et des représentants de la société civile autour d'un principe simple. Les politiques agricoles visent à accroître la production et les moyens de subsistance, tandis que les politiques climatiques ont pour objectif de réduire les émissions et de s'adapter au changement climatique, notamment en se préparant à des événements extrêmes tels que les sécheresses et les inondations. Trop souvent, ces deux programmes avancent séparément. Le dialogue a cherché à déterminer si les mêmes actions sur le terrain pouvaient servir ces deux objectifs à la fois.

La participation politique de haut niveau a donné le ton. Brigitte Izamo, conseillère juridique du Premier ministre de la République centrafricaine et point focal national de Scaling Up Nutrition (SUN), a assisté à la cérémonie d'ouverture, soulignant ainsi l'importance du processus au-delà d'un seul ministère. Salomon Namkosserena, représentant personnel du ministre de l'Agriculture et du Développement rural, a souligné que le pays est confronté à une insécurité alimentaire persistante, à une baisse des rendements et à une exposition croissante aux chocs climatiques, arguant que la transformation des systèmes alimentaires est essentielle pour améliorer les moyens de subsistance tout en préservant les ressources naturelles. Labia Irène Ivette Ouoba, représentante de la FAO en République centrafricaine, a remercié le gouvernement d'avoir orienté le dialogue et a souligné que, dans un pays où la plupart des gens dépendent de l'agriculture, les systèmes alimentaires et la résilience climatique sont des priorités nationales plutôt que des exercices techniques. En ouvrant les discussions thématiques, Khaled Eltaweel, coordinateur principal de programme au Pôle de coordination des Nations Unies sur les systèmes alimentaires, a présenté le rôle du Pôle dans l'aide apportée aux pays pour aligner la transformation des systèmes alimentaires sur l'action pour le climat grâce à des processus inclusifs menés par les pays.

Ce cadre a façonné les discussions qui ont suivi. L'atelier a réuni des voix qui se retrouvent rarement autour d'une même table, notamment des responsables des services agricoles, environnementaux et climatiques, ainsi que la FAO, le PAM, le FIDA et des organisations de la société civile. Les participants ont souligné l'importance d'aborder la sécurité alimentaire, la résilience climatique et les moyens de subsistance de manière plus intégrée, notant que les approches cloisonnées limitent l'impact et pèsent sur des ressources déjà rares. Les présentations du Pôle de coordination des Nations Unies sur les systèmes alimentaires ont introduit l'initiative pour la convergence et son approche, soulignant comment les feuilles de route nationales en matière de systèmes alimentaires, les engagements en matière de climat et les priorités d'investissement peuvent être réunis grâce à un dialogue structuré et à une action conjointe. Afin de passer du diagnostic à l'action, le dialogue a été organisé autour de trois groupes de travail, chacun chargé de comparer la feuille de route nationale de développement avec le dernier plan climatique du pays, NDC 3.0, et d'identifier les domaines prioritaires dans lesquels les deux pourraient se renforcer mutuellement.

Plusieurs thèmes ont émergé. Les participants ont mis en avant l'agroforesterie et l'agropastoralisme – des systèmes intégrés combinant cultures, arbres et bétail – comme des domaines dans lesquels la résilience climatique et la production alimentaire se recoupent clairement. Les données présentées par David Melchisedeck Yangbondo, directeur général du Centre de coordination pour l'environnement et le climat, ont montré que l'agriculture représente une part importante des émissions nationales de gaz à effet de serre, tout en soulignant le potentiel des forêts et des sols à agir comme puits de carbone s'ils sont gérés différemment. Les participants ont convenu que la terre joue un double rôle, à la fois comme source d'émissions et comme partie de la solution.

L'attention s'est également portée sur l'alimentation quotidienne et la protection sociale. Les experts du PAM ont décrit le programme national d'alimentation scolaire et expliqué comment l'approvisionnement local pouvait favoriser une production alimentaire plus diversifiée et plus nutritive. Les responsables de la santé ont fait valoir que la nutrition devait être intégrée dans les stratégies climatiques et non traitée comme une préoccupation distincte. Les chaînes de valeur du manioc, des arachides et du bétail ont été examinées en tant que moteurs potentiels de l'emploi et de la résilience.

À la fin du dialogue, les participants ont identifié un ensemble de domaines prioritaires pour la convergence et se sont mis d'accord sur les prochaines étapes pratiques pour faire avancer le processus. Il s'agit notamment de la création d'un groupe d'action pour la convergence afin de maintenir la coordination au-delà de l'atelier et de poursuivre le travail conjoint pour finaliser et adopter un plan d'action pour la convergence. En conclusion, Salomon Namkosserena, représentant le ministère de l'Agriculture et du Développement rural, a souligné l'importance de traduire ces recommandations en actions concrètes et opérationnelles, tandis que les partenaires des Nations unies ont réaffirmé leur soutien à travers le cadre national de développement durable, soulignant la nécessité d'une coordination continue entre les secteurs et les institutions à mesure que la mise en œuvre commence.