La transformation des systèmes alimentaires au Cameroun : De la feuille de route nationale à la mise en œuvre de changements concrets à grande échelle (2021-2026)
De la stratégie à la mise en œuvre, le Cameroun montre comment le leadership, le financement et la coordination peuvent favoriser la transformation des systèmes alimentaires à grande échelle.
Pourquoi le Cameroun est-il important ?
La preuve que la transformation menée par les pays est possible
En 2021, le Cameroun a adopté sa Feuille de route nationale pour la transition des systèmes alimentaires, définissant une orientation nationale claire en matière d’action et de coordination. Depuis lors, le pays a progressivement pris de l’élan : il a renforcé la gouvernance, réuni les ministères et les parties prenantes autour d’une même table et transformé les priorités des systèmes alimentaires en un programme plus concret, orienté vers l’action et aligné sur les objectifs nationaux de développement et de lutte contre le changement climatique.
Le Cameroun est resté activement engagé dans les processus mondiaux relatifs aux systèmes alimentaires, contribuant aux bilans successifs du Sommet des Nations Unies sur les systèmes alimentaires (UNFSS) et collaborant étroitement avec les Coalitions d’action de l’UNFSS sur l’agroécologie, l’alimentation scolaire, l’élevage durable, la protection sociale et les chaînes d’approvisionnement alimentaires locales résilientes. Tout au long de cet engagement, l’adaptation au changement climatique et l’atténuation de ses effets ont été considérées comme des préoccupations centrales pour l’agriculture durable, la sécurité alimentaire et la nutrition, plutôt que comme des questions parallèles.
Aujourd’hui, le Cameroun est de plus en plus reconnu comme un pionnier dans la convergence entre la transformation des systèmes alimentaires et l’action pour le climat. Cela se reflète dans sa participation à l’Initiative pour la convergence de la transformation des systèmes alimentaires et de l’action pour le climat du Pôle de coordination des Nations Unies sur les systèmes alimentaires, ainsi que dans l’élaboration – sous la direction du Coordonnateur résident – d’un programme conjoint des Nations Unies qui permet à l’équipe de pays des Nations Unies de mieux intégrer les interventions traitant du lien entre alimentation et climat et, en s’appuyant sur les efforts antérieurs, de mobiliser des financements à grande échelle. L’expérience du Cameroun montre comment le leadership, l’alignement et un soutien soutenu peuvent déclencher une transformation significative, menée par le pays. « L’union fait la force. » – Grace Mbong, secrétaire permanente au ministère de l’Agriculture et du Développement rural et Coordonnatrice national pour la transformation des systèmes alimentaires
Transformation en quatre ans : étapes clés (2021-2026)
- 2021 – Nomination du Coordonnateur national des concertations sur les systèmes alimentaires ; finalisation de la feuille de route nationale pour la transition des systèmes alimentaires ; mise en place d’une plateforme de gouvernance interministérielle.
- 2021-présent – Mobilisation et maintien de l’engagement multipartite à travers tous les secteurs et à tous les niveaux.
- 2024 – Le Pôle commence à fournir un soutien technique et financier ciblé et coordonné pour le déploiement d’éléments spécifiques des Feuilles de route nationales des systèmes alimentaires, y compris la convergence des agendas agroalimentaire et climatique.
- Février 2025 (Yaoundé) – Lancement de l’Initiative pour la convergence et de l’Interface science-politique-société avec le gouvernement, les chercheurs, la société civile et les acteurs du Secteur privé ; accord sur un plan d’action national pour la convergence.
- 2025 – Finalisation du plan d'action pour la convergence des systèmes alimentaires et de l'action pour le climat, définissant les priorités et les actions communes entre les agendas des systèmes alimentaires et du climat.
- Juillet 2025 – la présentation réussie du programme d'investissement national dans le cadre du Bilan 4 ans après le Sommet sur les systèmes alimentaires, réalisée par le gouvernement camerounais et le coordinateur résident, permet de débloquer 15 millions de dollars supplémentaires de l'Initiative phare mondiale pour la sécurité alimentaire (GFI), afin de compléter le financement de démarrage de 2 millions de dollars provenant du Fonds commun pour les ODD. Des discussions sont en cours entre le MINEPAT, le MINADER, le RCO, la BID et la GFI afin de mobiliser ce financement concessionnel pour 2027. La Banque islamique de développement sera le principal bailleur de fonds de ce projet.
- Mars 2026 (Yaoundé) – Lancement du programme CONVERGEFOOD du Fonds commun pour les ODD, complété par la phase de mise en œuvre du modèle de réussite évolutif.
Pourquoi cette histoire trouve un écho au-delà du Cameroun
Les progrès du Cameroun dépassent le cadre des programmes individuels et des ministères/secteurs, montrant comment une transformation plus large peut prendre forme, même dans des contextes complexes où les capacités institutionnelles et la coordination intersectorielle sont encore en cours de renforcement. Cette expérience met en lumière les conditions pratiques qui rendent la transformation menée par le pays réalisable – et reproductible.

Ce que le Cameroun a mis en place : une gouvernance qui permet la mise en œuvre
Une gouvernance pilotée par le pays comme fondement
Les progrès du Cameroun ont été portés par le leadership et l’appropriation nationaux, sous la coordination du Coordonnateur national des concertations sur les systèmes alimentaires, Grace Mbong (secrétaire permanente au ministère de l’Agriculture et du Développement rural), et soutenus par une architecture de gouvernance multisectorielle en pleine expansion. Des points focaux chargés des systèmes alimentaires pour les coalitions de l’UNFSS sont désormais en place au sein de cinq ministères, permettant une coordination et un suivi réguliers grâce à une approche pangouvernementale.
Les priorités en matière de systèmes alimentaires sont alignées sur la planification nationale du développement, notamment la Stratégie nationale de développement (SND30), ainsi que sur les engagements internationaux relatifs au climat, à la biodiversité et à la nutrition. Cet alignement a contribué à renforcer la visibilité politique des systèmes alimentaires au niveau national, notamment grâce à la collaboration avec le Cabinet du Premier ministre et les principaux ministères concernés.
Comment cela se concrétise
Dans la pratique, le Cameroun rassemble des efforts autrefois disparates au sein d’une approche plus cohérente, pilotée par le pays :
- Un mécanisme de concertation reconnu est désormais en place, ancré dans la SND30, avec un mandat clair et un leadership actif et intergouvernemental.
- Les priorités nationales ont été traduites en un cadre d’action structuré à travers le Plan d’action pour la convergence.
- Des plateformes relient les politiques, la science et la société aux besoins et priorités des communautés, notamment en matière d’aide humanitaire, de résilience climatique, d’accès au microfinancement, ainsi que d’opportunités d’emploi et d’entrepreneuriat.
Comment un accompagnement intégré accélère la mise en œuvre
Les progrès du Cameroun ont été renforcés par une approche intégrée associant :
- Gouvernance et coordination
- Convergence des programmes
- Données probantes et engagement des jeunes (interface science-politique-société et programme de leadership des jeunes)
- Programmation et mise en œuvre intégrées par le biais du Fonds commun pour les ODD, soutenues par des analyses rendues possibles par le modèle de réussite évolutif financé par l'UE
- Financement par le Fonds commun pour les ODD (volet « Transformation des systèmes alimentaires 2025 »)
Ensemble, ces éléments se renforcent mutuellement, réduisant la fragmentation, renforçant la cohérence et permettant une transition vers une mise en œuvre à grande échelle.
Initiative pour la convergence de la transformation des systèmes alimentaires et de l’action pour le climat
L'Initiative pour la convergence de la transformation des systèmes alimentaires et de l’action pour le climat au Cameroun est un effort collaboratif mis en œuvre par le gouvernement camerounais et coordonné par le Pôle de coordination des Nations Unies sur les systèmes alimentaires, en étroite collaboration avec la FAO, le PAM, le FIDA, le Bureau du Coordonnateur résident des Nations Unies, la GIZ et d'autres partenaires.
Elle rassemble les priorités en matière de systèmes alimentaires, de climat, de biodiversité et de nutrition au sein d’un cadre unique, créant ainsi un espace commun pour une planification, un financement et une mise en œuvre coordonnés.
Grâce au Plan d'action pour la convergence, le Cameroun a identifié trois priorités nationales visant à faire progresser l'alignement des différents programmes – en accord avec la Déclaration de Dubaï de la COP28 sur l'agriculture durable, les systèmes alimentaires résilients et l'Action pour le climat – et à orienter les priorités d'investissement public à partir de 2026 :
- Développement de la chaîne de valeur du riz
- Production agroécologique de denrées de base et d'élevage
- L'autosuffisance
Ces priorités constituent un point de départ clair pour une programmation et des investissements alignés.

SPSI et le Programme de leadership des jeunes : transformer les données en actions
Lancée à Yaoundé début 2025, l’Interface Science-Politique-Société (SPSI) reflète la volonté du Cameroun d’adopter une approche inclusive et fondée sur des données probantes pour la transformation des systèmes alimentaires. Elle met en relation la recherche, les politiques et les communautés, garantissant que les décisions s’appuient sur la science, les connaissances locales et l’expérience du terrain. Les jeunes ne sont pas considérés comme une initiative secondaire, mais comme des contributeurs actifs à la mise en œuvre.

Passage à la mise en œuvre : le Fonds commun pour les ODD et le modèle de réussite évolutif
Le Cameroun passe désormais de la planification à la mise en œuvre, avec le lancement du programme conjoint CONVERGEFOOD en mars 2026. Depuis 2024, le soutien du Pôle de coordination des Nations Unies sur les systèmes alimentaires a permis de réunir assistance technique, capacité de mobilisation et financement catalytique afin de renforcer le leadership et la coordination nationaux.
Le volet « Transformation des systèmes alimentaires » du Fonds commun pour les ODD, appliqué en partenariat avec le Pôle, est le moteur de cette nouvelle phase. Mis en œuvre au Cameroun par le PAM, la FAO, le PNUE, l’ONUDI et le FENU, avec le soutien de l’Allemagne, de l’Irlande, de l’Italie et de l’Espagne, il aligne les efforts des Nations Unies sur les priorités nationales du Cameroun énoncées dans sa feuille de route nationale et le Plan d’action pour la convergence. Le programme cible des défis clés – notamment l’insécurité alimentaire, la faible productivité, les pertes alimentaires et l’accès limité au marché pour les petits exploitants – tout en renforçant la coordination entre les ministères et en reliant les agendas relatifs aux systèmes alimentaires, au climat, à la biodiversité et à la nutrition.
Parallèlement, il est conçu pour produire des résultats concrets sur le terrain. En aidant les petits exploitants agricoles et les micro, petites et moyennes entreprises (MPME) à adopter des pratiques durables, à améliorer leur accès à des mécanismes de financement innovants et à s'intégrer à des marchés plus fiables, notamment par le biais des marchés publics, il traduit les priorités nationales en résultats tangibles pour les communautés.
Le modèle de réussite évolutif, financé par l’Union européenne et mis en œuvre par le PAM et la FAO, complète ces efforts en soutenant l’identification et la mise à l’échelle de solutions pratiques, contribuant ainsi à relier les priorités politiques à la mise en œuvre sur le terrain. À ce jour, le Cameroun a achevé sa phase de conception, qui consistait en une évaluation participative des besoins et une cartographie de l’écosystème national de soutien. Ces efforts ont permis d’identifier les priorités clés dans la mise en œuvre du programme national sur les systèmes alimentaires. Au cours de la phase suivante, le SSM permettra la fourniture d’une assistance technique par le système des Nations Unies afin de renforcer les mécanismes nationaux de coordination pour les systèmes alimentaires et de favoriser la cohérence des politiques, en particulier entre les systèmes alimentaires et les programmes climatiques.
Ce que cela démontre : un modèle de référence que d’autres peuvent adapter
Ce que démontre l’expérience du Cameroun
L'expérience du Cameroun montre comment les pays peuvent passer de l'engagement à la mise en œuvre grâce à des choix pratiques et coordonnés :
- La transformation peut s'opérer rapidement lorsque la gouvernance est renforcée et crédible. Un mécanisme national de concertation clair renforce la coordination multisectorielle et le suivi.
- La convergence permet d’agir à travers les différents programmes. L’alignement des priorités en matière de systèmes alimentaires, de climat, de biodiversité et de nutrition facilite la traduction des politiques en programmes conjoints, la mobilisation des partenaires et l’orientation des investissements.
- Des projets bancables bénéficiant de fonds catalytiques des Nations Unies peuvent mobiliser des fonds supplémentaires de mise à l'échelle auprès des institutions financières internationales et des fonds pour le climat, traduisant ainsi les priorités de Converge en activités ciblant les ménages sur le terrain.
- Un financement catalytique peut avoir un impact considérable. Un financement de démarrage est essentiel pour permettre au gouvernement et à ses partenaires d’identifier collectivement les bonnes opportunités d’investissement, de lever les obstacles et de renforcer les capacités des Producteurs et les marchés afin de déployer à grande échelle des approches durables.
- Les données probantes et l'inclusion renforcent la mise en œuvre. Grâce à l'interface science-politique-société, la science, les jeunes et les communautés contribuent à façonner la mise en œuvre et à améliorer la pertinence des politiques.
- Un soutien intégré renforce la cohérence et la confiance dans les résultats. Des efforts coordonnés réduisent les doublons et favorisent la mise en œuvre à grande échelle.
Ensemble, ces éléments forment un modèle pratique et adaptable pour les pays qui s'efforcent de faire progresser la transformation des systèmes alimentaires dans le contexte des contraintes du monde réel.
Un nouveau chapitre du financement : l’Initiative phare mondiale pour la sécurité alimentaire
L'expérience du Cameroun illustre également comment une gouvernance solide et des priorités claires peuvent ouvrir la voie à de nouvelles opportunités de financement. S'appuyant sur le soutien catalyseur du volet « Transformation des systèmes alimentaires » du Fonds commun pour les ODD, le pays mobilise des ressources à plus grande échelle et explore des approches de financement innovantes pour renforcer les chaînes de valeur alimentaires et rendre les marchés plus prévisibles.
Un montant supplémentaire de 15 millions de dollars provenant de l’Initiative phare mondiale pour la sécurité alimentaire, obtenu lors du Bilan 4 ans après le Sommet sur les systèmes alimentaires, permettra d’étendre considérablement le soutien aux petits producteurs et aux MPME – passant d’un groupe initial de 44 coopératives à un nombre potentiel de 380 supplémentaires. Ces fonds seront acheminés par l’intermédiaire de l’un des membres de l’Initiative phare mondiale, la Banque islamique de développement, sous la forme d’un mélange de financements concessionnels et commerciaux. Cela permettra également le déploiement de mécanismes de financement innovants visant à réduire les risques liés aux investissements du secteur privé dans les chaînes de valeur alimentaires, contribuant ainsi à transformer l’élan initial en un impact durable sur le terrain. Cette approche prometteuse est actuellement en cours de reproduction dans plusieurs pays de la Corne de l’Afrique.
Appel à l’action : s’associer au programme de transformation du Cameroun
La voie choisie par le Cameroun invite clairement les partenaires gouvernementaux, les bailleurs de fonds et les parties prenantes à :
- Investir dans la mise en œuvre à grande échelle – soutenir les priorités bancables qui accélèrent la mise en œuvre dans les trois domaines de convergence et renforcent les capacités institutionnelles.
- Collaborer pour renforcer les plateformes de mise en œuvre : approfondir l'initiative SPSI, élargir la participation des jeunes et consolider les systèmes d'apprentissage et de responsabilisation.
- Apprendre et reproduire – adapter l’approche camerounaise en tant que modèle national concret pour aligner les systèmes alimentaires et l’action pour le climat dans d’autres contextes.
De l'alignement à l'impact : un modèle de transformation menée par les pays
Le Cameroun démontre qu’une transformation significative est possible lorsque le leadership, les données probantes et le soutien s’alignent autour d’un programme national commun. Cette expérience offre une référence crédible pour d’autres pays qui s’efforcent de traduire les ambitions en matière de systèmes alimentaires en changements concrets.
