Des ambitions continentales à l'action nationale : mise en œuvre des lignes directrices de Kampala du PDDAA en Afrique
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Partout en Afrique, les pays s’efforcent d’améliorer le fonctionnement de leurs systèmes alimentaires : ils soutiennent les agriculteurs, améliorent l’accès aux marchés et renforcent la résilience face aux pressions climatiques et économiques.
Le Programme détaillé pour le développement de l’agriculture en Afrique (PDDAA), piloté par l’Union africaine, fournit depuis longtemps le cadre continental qui guide ces efforts. Sa dernière phase – la Déclaration de Kampala (2026-2035) – met davantage l’accent sur la manière dont les pays organisent, financent et obtiennent des résultats au sein de leurs systèmes alimentaires. Cela nécessite de mettre en relation les ressources et les capacités entre les secteurs, les ministères et les niveaux de gouvernance.
Récemment, à Yaoundé, au Cameroun, l’attention s’est portée sur la manière dont cela se concrétise dans la pratique.
Du 17 au 19 mars 2026, les équipes nationales et régionales de coordination du PDDAA, les Coordonnateurs nationaux des concertations sur les systèmes alimentaires et les institutions partenaires – y compris des acteurs non étatiques et des parlementaires – se sont réunis pour un dialogue de haut niveau et un atelier sur les lignes directrices de mise en œuvre du PDDAA de Kampala. L'atelier, co-organisé par l'Agence de développement de l'Union africaine (AUDA-NEPAD), le gouvernement du Cameroun, le Pôle de coordination des systèmes alimentaires des Nations unies et des partenaires, a réuni plus de 120 participants.
L'atelier s'est concentré sur les mécanismes qui guideront les équipes nationales de coordination du CAADP et les Coordonnateurs nationaux des concertations sur les systèmes alimentaires pour faire avancer la mise en œuvre, notamment en renforçant la coordination intersectorielle, en élaborant des plans prêts à être financés et en suivant les progrès au fil du temps. Comme l'a souligné S.E. Gabriel Mbairobe, ministre de l'Agriculture et du Développement rural du Cameroun, dans son discours d'ouverture : « Le succès de l'Agenda de Kampala du CAADP ne repose pas uniquement sur des déclarations… Nous devons agir avec urgence et détermination. »
Le Dr Janet Edeme, chef de la Division du développement rural à la Commission de l’Union africaine (CUA), a qualifié ce moment de « nouvelle étape dans l’ambition de l’Afrique », ajoutant que « la transformation dépendra de l’efficacité avec laquelle les pays agiront ».
Mme Estherine Lisinge-Fotabong, directrice de l’agriculture, de la sécurité alimentaire et de la durabilité environnementale à l’AUDA-NEPAD, l’a formulé tout aussi clairement : « Nous ne commençons pas par des discours ; nous commençons par des systèmes… Cette décennie ne doit pas être définie par des promesses, mais par des résultats. »
Le Dr Antonio Querido, représentant de la FAO au Cameroun, s’exprimant au nom du Dr Issa Sanogo, coordinateur résident des Nations Unies au Cameroun, a noté que l’atelier de Yaoundé marquait une étape importante dans la traduction des ambitions du CAADP de Kampala en mesures concrètes ancrées dans les systèmes nationaux. Il a souligné que la mise en œuvre exige une gouvernance cohérente, une harmonisation entre les partenaires et une programmation fondée sur des données factuelles — des domaines dans lesquels le système des Nations Unies apporte sa contribution en tant qu’organisateur neutre et pont entre les processus nationaux, régionaux et continentaux.

Crédit photo : AUDA-NEPAD
Le leadership des pays façonne la discussion
L’atelier s’est appuyé sur l’expérience des pays.
Le Pôle de coordination des Nations Unies sur les systèmes alimentaires a participé à l’atelier en apportant des contributions techniques à la discussion. De plus, grâce au soutien du Pôle, dix Coordonnateurs nationaux des concertations sur les systèmes alimentaires ont participé à l’événement, garantissant ainsi que les personnes directement chargées de coordonner la transformation des systèmes alimentaires au niveau national aient pris part à l’orientation des discussions.
Leurs contributions ont ancré les échanges dans les réalités de la mise en œuvre : ce qui est déjà en cours, y compris les expériences de coordination interministérielle, ainsi que les défis et les opportunités pour l’avenir. Les Coordonnateurs nationaux ont souvent été cités dans ce contexte comme des acteurs importants et des moteurs du changement systémique. Répartis entre les ministères et les secteurs, ils contribuent à relier des processus qui fonctionnent souvent en silos ministériels isolés – en harmonisant les politiques et les priorités, en réunissant les parties prenantes et en favorisant la continuité des efforts à l’échelle du gouvernement.
La coordination au cœur de la mise en œuvre
La coordination a été un thème récurrent tout au long de l’atelier.
L’atelier s’est articulé autour des quatre composantes principales des Lignes directrices de Kampala du CAADP : (a) Gouvernance et coordination ; (b) Analyse et diagnostic ;
(c) Planification des investissements et préparation à la mise en œuvre ; et (d) Cadre de responsabilité mutuelle, de résultats et d’apprentissage (MARLF). En ce qui concerne la gouvernance et la coordination, le cadre de Kampala met davantage l’accent sur une approche des systèmes alimentaires – reliant l’agroalimentaire, la finance, le commerce, le climat, l’environnement, la nutrition et la santé, ainsi que d’autres secteurs qui façonnent les résultats des systèmes alimentaires. Les discussions ont mis en évidence la nécessité d’une coordination et d’une responsabilité mutuelle renforcées à l’échelle de l’ensemble du gouvernement, parallèlement à des mesures concrètes telles que la mise en place de mécanismes interministériels, l’harmonisation des politiques existantes et l’implication d’un éventail plus large de parties prenantes – des agriculteurs et des coopératives aux acteurs du Secteur privé et à la société civile.
Les participants ont également noté que la coordination dépend d’un soutien politique et de rôles institutionnels clairement définis. Dans ce contexte, plusieurs initiatives phares soutenues par le Pôle de coordination des Nations Unies sur les systèmes alimentaires dans plus de 20 pays d’Afrique ont été présentées aux participants, notamment l’Initiative pour la convergence de la transformation des systèmes alimentaires et de l’action climatique (soutenue par le gouvernement des Pays-Bas), le Modèle de réussite évolutif (financé par l’Union européenne), le Programme de leadership des jeunes (soutenu par le gouvernement allemand) et le Volet « Systèmes alimentaires » du Fonds commun pour les ODD (soutenu par les gouvernements allemand, italien, espagnol et irlandais).
S'appuyer sur ce qui est déjà en cours
Plusieurs discussions ont mis en évidence la même réalité : la mise en œuvre est déjà en cours dans de nombreux pays.
Les participants ont noté que les pays ont déjà commencé à adapter le cadre de Kampala du PDDAA – en le traduisant en politiques et processus nationaux – et travaillent au sein de systèmes qui sont déjà en pleine évolution.
Plutôt que de repartir de zéro, l'accent est mis sur l'alignement de ces efforts en cours sur les Lignes directrices de Kampala et sur le renforcement de leurs liens intersectoriels.
Des priorités à l’investissement
Les sessions consacrées au diagnostic, à l’analyse et à la planification des investissements se sont concentrées sur la manière de traduire les priorités en programmes concrets, bancables et investissables.
Le programme de l’atelier a tracé le cheminement – de l’identification des priorités à l’élaboration de plans chiffrés et à la préparation de propositions alignées sur les budgets nationaux et les stratégies de financement.
Les discussions ont également mis en évidence la nécessité d’élaborer des analyses de rentabilité bancables et investissables pour les systèmes alimentaires, parallèlement à la diversification des approches de financement, y compris le financement public, privé et mixte.
Données, responsabilité et apprentissage
Un autre axe de réflexion a porté sur la manière dont les pays suivent les progrès et ajustent leurs approches au fil du temps.
Le cadre de Kampala met davantage l’accent sur la responsabilité, soutenue par des systèmes de données et des processus d’apprentissage améliorés. Cela inclut l’intégration d’outils tels que les examens sectoriels conjoints et les examens biennaux dans les systèmes nationaux.
Les participants ont noté que, bien que les données soient souvent disponibles, elles ne sont pas toujours pleinement exploitées. Renforcer la manière dont les données éclairent la prise de décision – en particulier pour la planification et la mise en œuvre des investissements – a été identifié comme une priorité.
Aller de l'avant
À l'issue de l'atelier, l'attention s'est tournée vers les prochaines étapes.
Les pays continueront à travailler sur la manière dont les lignes directrices de Kampala se reflètent dans les systèmes nationaux – en renforçant la coordination, en affinant les plans d'investissement et en harmonisant le soutien des partenaires.
Le travail se poursuit désormais au niveau national, où la mise en œuvre prendra forme à travers les institutions, les secteurs et les parties prenantes. Les résultats de l'atelier seront présentés lors de la 4e réunion sur la transformation des systèmes alimentaires en Afrique à Accra, au Ghana, en mai 2026.
