Comment l'innovation menée par les agriculteurs peut aider les systèmes alimentaires à se préparer aux chocs futurs

Scientific Advisory Committee

©FAO/Mazen Haffar

10/08/2026

Les systèmes alimentaires sont confrontés à des chocs qui se chevauchent de plus en plus. Les perturbations touchant les engrais, les carburants et d’autres intrants agricoles s’ajoutent aux vagues de chaleur, aux sécheresses et aux inondations, affectant ainsi la production, les prix des denrées alimentaires et la nutrition.

Mais les agriculteurs n’attendent pas la prochaine crise pour s’adapter.

Le 6 août, un webinaire organisé par le Comité scientifique consultatif (CSC) du Pôle de coordination des Nations Unies sur les systèmes alimentaires a examiné comment les agriculteurs réagissent déjà à l’évolution des conditions, et ce que les gouvernements peuvent faire pour faciliter l’adoption et la pérennisation de ces efforts.

Animée par le professeur Jean-François Soussana, coprésident du SAC et vice-président chargé de la politique internationale à l’INRAE, la discussion a porté sur l’innovation menée par les agriculteurs, la diversification agricole et la manière dont les Feuilles de route nationales pour la transformation des systèmes alimentaires peuvent aider les pays à se préparer aux chocs futurs.

Renforcer la résilience à l’échelle de l’exploitation

Dans différentes régions et différents systèmes agricoles, la diversification aide déjà les agriculteurs à réduire leur exposition aux chocs.

Le professeur Thomas Cherico Wanger, d’Agroscope et de l’Académie d’économie et de politique alimentaire mondiale de l’Université agricole de Chine, a présenté des données montrant comment des systèmes agricoles plus diversifiés peuvent réduire la dépendance vis-à-vis des intrants synthétiques tout en favorisant la productivité et la résilience. Ces approches comprennent les rotations de légumineuses, l’agroforesterie, une plus grande diversité des cultures et des variétés, les biofertilisants et une utilisation plus efficace des nutriments.

De nombreux agriculteurs s’adaptent déjà de cette manière. Le professeur Shenggen Fan, coprésident du SAC, a souligné que les agriculteurs changent de culture lorsque les régimes pluviométriques évoluent, diversifient leurs sources de revenus et recourent davantage aux engrais organiques. Le Dr Mohamed Ait Kadi, membre du SAC, a présenté des exemples d’agriculteurs marocains adoptant des pratiques d’économie d’eau, l’agriculture de conservation et des variétés de cultures mieux adaptées à des périodes de pluie plus courtes.

« Les agriculteurs innovent déjà. Les politiques doivent aller à leur rencontre là où ils en sont », a déclaré le Dr Ait Kadi.

Les femmes jouent également un rôle important dans la manière dont les ménages et les communautés réagissent aux chocs. La Dre Shakuntala Haraksingh Thilsted, présidente du SAC, a mis en avant leurs contributions à la production de cultures diversifiées, à la gestion des potagers familiaux et à la conservation des aliments. Des technologies pratiques, des formations et un soutien financier aux organisations de femmes peuvent contribuer à préserver la sécurité alimentaire et la nutrition des ménages pendant les périodes de crise.

Faciliter l’adoption des innovations menées par les agriculteurs

Changer de système de production est rarement simple et s’accompagne souvent de coûts et de risques. La diversification peut apporter des avantages, mais les agriculteurs peuvent avoir besoin de nouvelles connaissances, de nouveaux équipements ou de nouveaux mécanismes de commercialisation. Les marchés axés sur des produits uniformes peuvent également rendre la commercialisation d’une production diversifiée plus difficile.

Les intervenants ont souligné que les agriculteurs ne devraient pas avoir à supporter seuls ces risques. Des financements à long terme, des assurances, la recherche, des services de conseil et des investissements peuvent leur donner une plus grande marge de manœuvre pour tester et pérenniser de nouvelles approches.

Les agriculteurs doivent également avoir leur mot à dire sur la forme que prendront ces approches. Le professeur Wanger a souligné l’importance de les impliquer dans les décisions concernant « le quoi, le où et le comment » des technologies et des aides qui leur sont destinées.

La discussion a également porté sur la manière dont les aides agricoles peuvent encourager les cultures nutritives et respectueuses de l’environnement, améliorer les engrais organiques et aider les agriculteurs à utiliser les nutriments plus efficacement. Le professeur Fan a mis en avant l’importance de la protection sociale lorsque la hausse des prix rend les régimes alimentaires nutritifs inaccessibles, en particulier pour les femmes et les enfants.

Certaines solutions interviennent après que les denrées alimentaires ont quitté les champs. Réduire les pertes après récolte et renforcer la transformation locale peut aider les communautés à tirer davantage parti de ce qu’elles produisent déjà. Comme l’a fait remarquer le Dr Ait Kadi, la protection des denrées alimentaires déjà produites peut accroître leur disponibilité sans nécessiter de terres ou d’eau supplémentaires.

Se préparer avant la prochaine crise

Bon nombre de ces changements dépendent de décisions qui dépassent largement le cadre des exploitations agricoles individuelles.

Au niveau national, les feuilles de route nationales pour la transformation des systèmes alimentaires peuvent fournir un cadre permettant de rassembler des secteurs qui planifient souvent séparément, notamment l’agriculture, la santé et l’éducation. Le Dr Thilsted a souligné que les pays ont désormais besoin de moyens financiers et de capacités humaines pour mettre en œuvre leurs feuilles de route, ainsi que d’une coopération et d’un apprentissage renforcés entre les pays.

Le professeur Fan a également appelé à une approche systémique des investissements publics, afin que les infrastructures et la recherche agricole contribuent aux objectifs de sécurité alimentaire, de nutrition, de santé et de lutte contre le changement climatique.

En clôture du webinaire, le professeur Soussana a mis en avant le potentiel des Feuilles de route nationales en tant qu’outils pratiques de préparation, de mise en œuvre et de coordination. Des liens plus étroits entre la science, les politiques publiques et la société peuvent aider les pays à adapter leurs priorités nationales aux réalités locales et à réagir plus efficacement en cas de chocs.

Bon nombre des outils nécessaires au renforcement de la résilience existent déjà, et les agriculteurs s’adaptent et testent déjà des solutions sur le terrain. La prochaine étape consiste à veiller à ce que les processus politiques, financiers et liés aux systèmes alimentaires nationaux aident ces solutions à s’imposer avant que la prochaine crise ne survienne.

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